La chenille volante

Guilad Shadmon

Traduction : Nelly Baron

 

 

 

Il était une fois, il y a très très longtemps, une famille de chenilles qui vivait sur un très vieux mûrier. Elles sortaient de leurs œufs, mangeaient beaucoup de feuilles pendant leur vie qu'elles achevaient en se transformant en cocons. Ces chenilles avaient une excellente vue, mais elles ne pouvaient pas s'imaginer d'où venaient les œufs dont elles éclosaient. Elles supposaient qu'elles provenaient des œufs parce qu'elles voyaient leurs cadettes éclore, mais comme les papillons déposaient leurs œufs la nuit, les chenilles ne pouvaient pas savoir d'où elles venaient.

Malgré tout, même si les chenilles avaient pu voir la nuit, elles n'auraient pas pu apercevoir les papillons, parce que les chenilles ne regardent que vers le bas, vers la feuille qu'elles vont manger. Alors que les papillons préfèrent voler au-dessus des feuilles qu'ils n'effleurent que rarement, et encore, du bout de leurs pattes.

D'où provenaient les œufs, est-ce que la vie continuait après le cocon, ces questions n'intéressaient pas plus grande partie des chenilles. Elles étaient occupées à manger les feuilles les plus vertes. Leurs conversations, d'une manière générale, se limitaient à la façon de parvenir aux extrémités de l'arbre, là où poussent les feuilles les plus vertes et les meilleures au goût. Dans leur esprit, la chenille la plus chanceuse était celle qui était parvenue à aller jusqu'à la feuille la plus éloignée, la plus verte.

Parfois, les chenilles étaient obligées de quitter le mûrier et de descendre pour entreprendre un pénible voyage : aller dans l'arbre à côté, les feuilles sont toujours plus vertes chez les voisins. Mais, après un moment de répit, elles étaient heureuses de regagner leur bon vieil arbre, de retrouver le goût d'autrefois, le goût des feuilles tant aimé de leurs pères et des pères de leurs pères.

En vérité, les chenilles n'avaient peur que de deux choses : des vents forts et des oiseaux rapaces. Une brusque rafale de vent pouvait fortement secouer les feuilles de l'arbre et les plus fines branches ; une jeune chenille sans expérience, qui n'avait jamais appris à s'accrocher comme il faut, pouvait brusquement se retrouver en train de voltiger dans les airs puis tomber directement à terre.

Après un pareil traumatisme, les quelques chenilles rescapées rassemblaient leurs dernières forces et revenaient vers leurs familles. Mais, elles n'étaient plus jamais les mêmes : elles étaient devenues étranges, certaines parlaient de silhouettes volantes qu'elles avaient vues pendant leur chute, elles les appelaient "papillons".

Elles avaient beau décrire la forme et la couleur de ces papillons, personne parmi les chenilles, y compris les plus anciennes, ne pouvait les comprendre. Au lieu de s'adonner à leur principale tâche et de ramper, elles se mettaient à élever leur regard vers le haut et à poser des questions étranges, comme : "L'œuf, il est fait avec quoi ?", "Qu'est ce qui arrive à l'ancienne chenille repue après sa transformation en cocon ? " etc. Les autres chenilles les qualifiaient de chenilles volantes.

Des rapaces apparaissaient parfois d'où, on ne sait. Il arrivait qu'une chenille mange tranquillement le bout d'une feuille particulièrement verte avec un camarade et, brusquement, sans crier gare, un énorme bec attrapait le camarade par le cou et l'emportait vers le ciel. Cette fois, ce n'était pas comme les chenilles emportées par les rafales de vent, on pouvait être sûr de ne plus revoir celles emportées au pays des oiseaux d'où personne ne revenait, même la chenille la plus rusée.

La seule protection que les chenilles connaissaient contre les rapaces n'était que préventive : les anciens enseignaient les jeunes à ne pas se distinguer : "tu peux rester sur la face inférieure de la feuille" disait l'ancien à son jeune élève " là, les oiseaux ne te verront pas, mais tu tomberas au premier coup de vent.

La seconde règle dont tu devras te rappeler, c'est que tu es plus visible aux extrémités de l'arbre, reste donc dans le groupe, au milieu de l'arbre"

"Et si je veux aller jusqu'au sommet, goûter une bonne petite feuille bien verte, toute fraîche ? " demandait l'élève. "Tu dois savoir que dans ce cas, tu t'exposes à de très graves dangers" répondait l'ancien "tu pourrais tomber, être mangé"

"La troisième règle" disaient les anciens, "il faut avancer lentement. Aucune feuille n'a jamais échappé à une chenille. Souvenez-vous :" Qui va vite peut y laisser la vie".

Avri vint au monde à partir d'un œuf gris. C'était la sûre promesse de futurs problèmes. La plupart des chenilles qui naissaient d'œufs gris ne devenaient pas des cocons. Et, le fait est que la première question que Avri posa dès sa venue au monde fut "Quel est le chemin le plus court pour atteindre le sommet ? " Les anciens ont bien tenté de l'arrêter, mais en vain, malheureusement. Il voulait grandir au plus vite, c'est pourquoi il faisait toutes les bêtises que peut faire une chenille.

Il avançait vite, il mangeait les feuilles du côté de la face supérieure. Il n'avait tout simplement pas le temps de glisser sur leur face inférieure. Il n'avait en permanence qu'un seul but devant les yeux : parvenir jusqu'à l'extrémité. Pour ainsi dire toutes les chenilles qui croisaient son chemin lui conseillaient de ralentir, de se calmer, de se reposer, de prendre soin de lui, il ne les entendait pas. En deux semaines et demie, il parvint au sommet, progressant de branche en branche. Ses pattes étaient devenues solides, ses mâchoires étaient devenues fortes, ses griffes s'étaient aiguisées, mais il était maigre parce qu'il ne prenait pas le temps de beaucoup manger et parce qu'il dépensait beaucoup d'énergie à sa marche exténuante. Plus il montait, plus lui apparaissait la lumière du soleil, et cela l'encourageait.

Les feuilles devenaient de plus en plus vertes et laissaient apparaître des morceaux de ciel bleu. Il voyait beaucoup de chenilles qui étaient arrivées au milieu de l'arbre et y étaient restées, un peu moins avaient atteint le quart supérieur et s'en étaient contentées, encore moins étaient parvenues presque au sommet et s'en étaient tenues là. "Vous avez dépensé tant d'énergie" leur avait demandé Avri "pourquoi ne faites-vous pas encore un peu d'efforts pour goûter ce qu'il y a au sommet ?".

En réponse, il entendit toutes sortes de justification du genre "Je n'ai plus de force", "J'ai faim", "Ici, les feuilles sont déjà bien plus vertes que celles que j'ai vues" et "L'arbre n'a pas de fin, il grandit plus vite que nous", et toutes sortes d'autres sornettes. Quand il parvint au bout de la feuille la plus élevée, il y vit une chenille grise bien dodue occupée à en grignoter le bout.

"Est-ce que je peux m'inviter", demanda-t-il poliment. "Bien sûr" lui répondit la chenille en continuant à grignoter la feuille. Ce fut son dernier mot parce que Avri n'eut que le temps de la voir se débattre, emportée entre les deux pinces d'un bec noir. Avri fut pris d'une telle peur que ses solides jambes ne purent plus le porter. La légende raconte que le bec avait arraché le morceau de feuille sur lequel se trouvait Avri, c'est ce qui amortit sa chute vertigineuse.

Une fois à terre, il rassembla ses esprits pour prendre conscience de ce qui était arrivé. Sa chute n'avait duré que quelques secondes, mais il s'était passé tant de choses extraordinaires pendant ce temps, que toute peur avait disparu et que, au contraire, il en avait éprouvé du plaisir.

Au début, il avait vu d'autres chenilles, occupées à manger des feuilles, la tête baissée. Il leur avait crié de le regarder, mais personne ne l'avait entendu. Le bruit des mâchoires qui grignotaient étouffait tout autre bruit. Puis il vit de belles créatures multicolores qui voltigeaient à côté des chenilles et entre les feuilles. Elles se serraient les unes contre les autres ou pondaient des œufs. "Ce sont probablement des papillons" avait-il pensé.

Il aurait pu jurer qu'il les avait entendus parler entre eux ou, plus précisément, chanter entre eux, leur chant était très très agréable à entendre. Il se mit à penser qu'il était mort et qu'il était dans l'autre monde, mais il avait ressenti un très violent choc : il avait atterri sur un tapis de feuilles amoncelées sur le sol. Cela le fit revenir à la réalité qu'il venait de quitter voici quelques secondes : il n'était qu'une simple petite chenille grise.

Après un voyage exténuant, digne d'un autre récit, Avri revint dans la société des chenilles. Très vite, il comprit qu'il n'avait rien de commun à partager avec personne. Les feuilles vertes ne l'intéressaient plus, même le sommet était une étape appartenant au passé, Il décida de devenir papillon. On lui dit "Quelque chose s'est déréglé dans ta tête quand tu es tombé, laisse-nous tranquilles et va te tisser un cocon !".

Bien que ces paroles fussent une injure dans le monde des chenilles, Avri n'était pas de ceux qui prennent les mots à la légère, même ceux proférés dans un moment de colère. Il se mit à étudier le phénomène du coconnage. Il se souvint de ce que les papillons ressemblaient très fortement aux chenilles, mais qu'ils avaient des ailes. Serait-il possible que ce soit des chenilles ailées ?

Un fait était sûr, et qui fut clair et net dès le début de ses investigations, personne ne s'était préoccupé d'expliquer ce processus avant lui. Tout simplement, cela n'intéressait personne. Si quelqu'un avait étudié et vérifié pour de bon, il aurait vu qu'il ne restait aucune trace des chenilles à l'intérieur du cocon. Où allaient-elles donc ? Se pouvait-il qu'elles disparaissent tout simplement, comme ça ?

Avri décida de s'attacher à une ancienne chenille et d'étudier tout ce processus. Il observa qu'elle devenait de plus en plus grosse, se repaissait de plus en plus, elle dit qu'elle en avait assez de manger des feuilles, que, même si on lui apportait une petite feuille bien fraîche du bout de l'arbre, cela ne l'aurait pas inspirée. Puis il l'entendit dire, - ce à quoi on pouvait s'attendre -, qu'elle voulait devenir cocon.

"C'est un processus naturel" dit la chenille qui se mit à tisser une toile. "Rends-moi service" lui demanda Avri "si après le coconnage, tu deviens un papillon, viens me voir, d'accord ? " "Laisse tomber tes bêtises" lui répondit la chenille "toi et moi nous savons que le cocon, c'est la fin". Mais Avri continua à implorer jusqu'à ce qu'elle accepte… et ce, pour qu'il cesse de l'importuner pendant qu'elle tissait son cocon. Au bout de deux jours, la chenille se recouvrit d'une coque bien ronde, jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans sa partie inférieure.

Mais Avri n'abandonna pas. Ses gènes gris lui avaient transmis de l'entêtement, et il mit à profit cette qualité jusqu'au bout. Il passa des nuits et des jours auprès du cocon, refusant d'écouter les discours dissuasifs de ses amis qui cherchaient à le convaincre de revenir à une vie normale. "Je n'ai aucun goût à désirer des feuilles, si je dois finir ma vie en cocon, au moins, je veux savoir ce que je deviens".

Il ne dormait pratiquement plus, il craignait que quelque chose n'arrive alors qu'il dormait. Pendant les sombres nuits, quand la visibilité était fortement réduite, il somnolait en s'appuyant sur le cocon, pour pouvoir se réveiller si celui-ci avait fait le moindre mouvement. Et c'est ce qui arriva. Justement, quand les premiers signes de désespoir se firent sentir, quand la faim lui tordait son estomac vide, le cocon se mit à remuer.

Ce spectacle lui rendit de l'espoir. Peu à peu, le cocon se fissura. La fissure se déchira complètement, … et en sortit une petite tête noire. En quelques secondes, le cocon fut si fortement secoué que Avri fit un bond en arrière. Le cocon s'était ouvert en deux, et deux ailes de couleur, tout comme celles qu'il avait vues pendant sa chute, en sortirent, se déployèrent dans toute leur majesté, firent un mouvement dans l'air et emportèrent un superbe papillon de feuille en feuille sur fond de ciel bleu. Avri sursauta et son cœur défaillit.

Il regarda autour de lui voulant partager cela avec les autres chenilles, mais personne n'avait remarqué ce qui s'était passé. Elles étaient occupées à manger les feuilles, à se cacher des oiseaux et à rechercher de nouvelles feuilles vertes. Il aurait voulu crier " Eh, regardez, j'avais raison !", mais il savait que personne ne l'entendrait. Avri se mit à en éprouver comme une intense faiblesse. Les journées d'attente très tendue, la force des émotions et la déception due à la solitude le tenaillèrent. Il cessa de s'accrocher à la feuille, leva ses pattes avant vers le haut, comme pour demander de l'aide, et il commença à tomber, complètement insensible à ce qui l'entourait.

En reprenant conscience, il ne comprit pas tout de suite où il se trouvait. Un son de chants joyeux lui rappelait la première chute, mais cette fois, il était bien plus proche, bien plus perceptible. Les feuilles de l'arbre passaient à grande vitesse devant ses yeux, mais à son grand étonnement, elles passaient de gauche à droite, et non de haut vers le bas. "Peut-être qu'un oiseau m'a emporté" pensa-t-il "mais j'aurais mal" s'interrompit-il lui-même.

Il regarda derrière lui et vit des yeux qui lui semblèrent connus. Mais, ce sont les yeux de la vielle chenille qui s'est transformée en cocon. "Je t'avais promis, je tiens ma parole" chanta-t-elle et sourit. "Pourquoi chantes-tu ? lui demanda-t-il "et où suis-je ?". "Je chante parce que c'est dans ma nature maintenant, tu es entre mes pattes, nous volons ensemble".

Avri avait du mal à saisir les vues qui s'ouvraient à lui. Le papillon montant de plus en plus haut, et, pour la première fois dans sa vie, il vit le mûrier de haut. Il vit les zones vertes et les morceaux grignotés, l'attroupement des chenilles, quelques-unes unes vers le sommet, et même les arbres voisins. "Où veux-tu que je te dépose ?" chanta le papillon. "Qui voudrait être déposé" lui répondit Avri en reprenant la même mélodie que le papillon.

Même quand ils descendirent sur l'une des branches les plus peuplées, personne ne les remarqua. Un vieux papillon s'était installé près d'eux pour pondre des œufs.

"C'est donc comme cela que cela se passe ? " demanda Avri.

Le papillon lui sourit, son visage était rayonnant de bonheur : " Comme j'ai de la chance de parler avec une chenille !".

"Dans quel sens ?" demanda Avri.

"Je n'avais jamais encore parlé à des chenilles" lui répondit-il "c'est-à-dire depuis le moment où j'ai cessé d'être une chenille".

"Pourquoi ne portez-vous pas toutes les chenilles au-dessus de l'arbre ?" poursuivit Avri avec beaucoup d'intérêt.

"Il n'y a rien que ne souhaiterions plus, mais nous ne pouvons pas le faire".

"Comment est-ce que vous avez pu le faire pour moi alors ?" rétorqua Avri sans se départir.

"Parce que toi, tu le voulais." lui dit-il "Tu as levé les pattes vers le haut, parce que c'est ce que tu voulais précisément, et rien d'autre. C'est pourquoi, j'ai pu te prendre par tes pattes levées vers le haut. Tu t'en souviens ?" ajouta l'ancienne vieille chenille et elle s'en fut d'un coup d'aile.

Depuis ce jour de sa destinée, Avri vola longtemps, longtemps. Avec le temps, il apprit plusieurs mélodies et il se fit de nombreux amis parmi les papillons. De chacun, il apprit quelque chose de nouveau sur le monde des papillons, il en éprouvait un plaisir immense.

Même quand il se mit à grignoter à nouveau des feuilles, il leur trouva un goût qu'il ne leur connaissait pas jusqu'alors. Il lui donna le nom de "goût du but" ou "sens de la vie". Maintenant, pour la première fois dans sa vie, il voyait un sens dans le grignotage uniforme des feuilles. Il savait que s'il mangeait beaucoup, il aurait des forces pour voler longtemps, et ainsi il ferait un plaisir immense aux papillons qui le promèneraient dans la voûte céleste. Il se délectait du plaisir qu'il leur faisait, il n'y avait plus de limites à son bonheur.

Toutefois, avec le temps, il se mit de plus en plus à s'inquiéter pour ses frères les chenilles. "Si seulement ils savaient ce qu'ils perdent" pensait-il en lui-même "ils lèveraient la tête et se mettraient à la recherche des ailes des papillons, ils cesseraient de grignoter pour écouter les chants incessants, ils lèveraient les pattes vers le haut, convaincus qu'ils seraient de ne pas tomber. Car, pour sûr, un papillon les attraperait avant qu'ils ne heurtent le sol". Il sentit que sa solitude parmi sa parentèle grandissait avec le bonheur et la joie que lui procurait le monde des papillons.

" Je suis sûr qu'on peut le leur expliquer" pensa-t-il au plus profond de son âme et il décida de se livrer à une nouvelle entreprise : raconter aux chenilles le monde des papillons. "Peut-être que je suis une chenille particulière, mais je suis sûr qu'il y en a qui, comme moi, cherchent, sans savoir ce qu'elles veulent, s'égarent, comme des aveugles dans le brouillard. Je leur montrerai le chemin. Je ne peux forcer personne, mais, au moins, j'aurai essayé d'aider ceux qui cherchent de l'aide".

Le temps vint pour Avri de se transformer en cocon, en toute quiétude, ayant bien conscience qu'il avait réalisé le but de sa vie en tant que chenille. Il laissa en héritage des cartes précises de la structure de l'arbre et de la forêt, des plans des chemins les plus courts pour atteindre le sommet, une anatomie détaillée de la structure du papillon, les schémas de ponte des œufs et de leur éclosion, même des cartes des zones de grignotage recommandées et protégées.

Il savait que si une chenille devait naître avec un puissant désir de voler, elle pourrait utiliser les informations qu'il laissait, et ceci, même si la plupart des chenilles allaient utiliser les cartes uniquement pour trouver plus vite les zones de feuilles les plus vertes et les meilleures.

Une moindre quantité de chenilles allaient chercher, au moyen des chartes, le chemin vers le sommet. Encore moins allaient étudier au moyen de ses travaux la structure de l'œuf et du cocon. Seuls quelques unités allaient se poser la question "comment a-t-il reçu toutes ces informations ?" D'où viennent ces résolutions si simples de problèmes si complexes ? D'où a-t-il obtenu ces si merveilleux chants qu'il a composés ? Pouvons-nous, nous aussi, puiser des connaissances à cette même source ?"

Avri fut le premier de la dynastie des chenilles volantes. Ceux qui sont venus au monde après lui, ont traversé un chemin semblable, et chacun a ajouté aux connaissances de ses prédécesseurs. Ils ont décrit le monde des papillons pour ceux qui allaient venir après eux. Ils savaient que les papillons aiment les chenilles plus que celles-ci ne peuvent se l'imaginer.

Ils savaient de même qu'un jour viendrait où toutes les chenilles voleraient dans les airs, et que les papillons les aideraient, c'est alors que serait atteinte l'apogée de la perfection et de la joie, et dans le monde des papillons, et dans le monde des chenilles. Ils attendaient ce jour et essayaient par tous leurs moyens de le rapprocher.

 

 

 

Traduction : Nelly Baron ©